Unicité

On peut renforcer encore davantage le caractère distinctif du son en adaptant les baguettes. Les baguettes varient considérablement en fonction de leur forme et du fait qu’elles sont coussinées ou non. On confectionne parfois des baguettes creusées qui permettent d’ajouter des cliquetis. Parfois, on insère des billes taillées dans la baguette. Dans d’autres cas, un batteur peut utiliser un hochet comme baguette. En fonction du contenu du hochet (cailloux, noyaux, graines, grains de maïs, balles de fusil, etc.), ce contenu produit un bruit en heurtant les parois du résonateur au moment du contact avec la membrane du tambour.

Les matériaux placés à l’intérieur de ces baguettes-hochets dépendent de ce que l’artisan trouve dans son environnement. Par exemple, les grains de maïs séchés ne sont pas disponibles dans les milieux écologiques où le climat n’est pas propice à la culture du maïs. Les membranes utilisées pour fabriquer les divers instruments de musique varient aussi en fonction des ressources disponibles dans une région donnée. La voix du tambour dépend de la provenance de sa membrane : peau de cerf, d’orignal, de bison ou de caribou. Une peau de poisson ou d’oiseau peut constituer un instrument à cliquetis doté d’une qualité sonore très distinctive. Les carapaces de tortues constituent la base des instruments de musique les plus vénérés par les Haudenosaunees, non seulement pour le son qu’elles peuvent produire, mais aussi pour leur symbolisme, puisqu’elles représentent le mythe des origines racontant l’histoire de l’Île de la Tortue, plus communément connue sous le nom d’Amérique du Nord. L’ingéniosité joue certainement un rôle elle aussi. Les Nehiyaw du Nord fabriquaient un type de violon avec une omoplate de caribou. Ils fixaient un tendon sur l’arc de l’omoplate. (Diamond, Cronk, von Rosen, 1994: 194.) Ce violon joué avec un arc muni de tendons en guise de crins dépendait de la disponibilité du caribou dans la région. Les omoplates de cet animal étaient assez grosses pour servir à cette fin. De même, le hochet en ongle d’orignal (shinaueshikan) des Algonquins du nord de l’Ontario n’aurait pas pu être fabriqué dans une région dépourvue d’orignaux.

À ce jour, les chercheurs du « soundscape » (monde musical) n’ont pas encore fini d’explorer tous les sons produits par les instruments de musique autochtones créés dans certaines régions. Il est probable que bon nombre des sons recherchés par les joueurs de tambours, de hochets et d’instruments à vent et à cordes imitent délibérément les effets entendus dans l’environnement, notamment les appels d’animaux et les chants d’oiseaux. Dans une étude sur les sons préférés des Kalulis de Papouasie–Nouvelle-Guinée, Steven Feld a découvert que leurs préférences esthétiques étaient profondément enracinées dans les sons du monde naturel qui les entourait. (Steven Feld, 1990 : 268.)

Les danseurs, lorsqu’ils bougent au rythme d’un tambour ou sur la mélodie d’une voix, prisent les sons produits par des objets qui sont propres à leur région et qui, encore mieux, imitent des sons entendus dans la nature. Les Inuits attachent de petits os aux franges de leurs vêtements pour émettre de doux sons de frottis lorsqu’ils se déplacent. Les griffes, les coquillages, les os ou les perles ne sont que quelques-uns des types d’objets choisis avec soin pour être attachés aux tabliers ou à d’autres parures utilisées lors des danses.

Dans le pow-wow, l’une des danses des femmes, la danse des robes à clochettes, nécessite une tenue faite de bandes de tissu coupé parées de clochettes sous forme de cônes en fer-blanc fixée en motifs de lignes ou de chevrons. La tenue d’une danseuse adulte compte généralement 365 cônes en fer-blanc, et la personne qui confectionne une telle tenue choisit avec soin les morceaux de métal servant à la fabrication des cônes. Parfois, on obtient l’effet désiré en utilisant les couvercles de certaines boîtes de conserve enroulées de manière à ce qu’elles produisent un tintement particulier pendant la danse. Les qualités de ce son dépendent des normes culturelles de la région et des goûts individuels.

This project was made possible with the support of the Department of Canadian Heritage through Canadian Culture Online
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