Confection

Pour bien comprendre le monde du tambour, il convient d’explorer les façons particulières dont les tambours sont confectionnés pour produire les sons recherchés. On utilise souvent le feu et l’eau pour modifier le son d’un tambour, et on choisit certains matériaux pour obtenir le son souhaité. Les planches-tambours dont jouent les Premières Nations le long de la côte nord-ouest produisent un son profond aux effets dramatiques. On joue de ces planches-tambours à l’aide de bâtons en bois dur pour accompagner des chansons et des jeux de danse. Cela produit un son où « le staccato des bâtons et la note profonde et résonnante de la caisse du tambour sont combinés à un riche son de percussion ». (Holm, 1983 : 68.) Le type de bois utilisé pour le bâton dépend de la profondeur et de la puissance des notes recherchées par les musiciens.

Les Gwich’in qui résident au Yukon utilisent le feu et la chaleur pour donner à leurs tambours les tonalités et les sonorités désirées. Dans le cas des tambours en peau d’orignaux, qui sont utilisés à des fins cérémonielles, les Gwich’in utilisent la peau d’un jeune orignal tendue sur une boîte de conserve circulaire. Afin de resserrer le tambour et d’en améliorer la tonalité, ils le chauffent ensuite près du feu (Cruikshank, 1975 : 55). Étant donné que l’application de feu et de chaleur provoque le resserrement de la membrane du tambour, les gens de plusieurs Premières Nations utilisent cette méthode pour obtenir le son souhaité de leur instrument. Les peuples dénés des Territoires du Nord-Ouest tenaient autrefois leurs danses en plein air sur un terrain relativement rocailleux. Ils allumaient un feu au milieu du site afin que les batteurs-chanteurs puissent réchauffer la tête des tambours à main au besoin. Aujourd’hui, lorsqu’ils organisent des danses du « Ti » (thé) ou un pow-wow à l’intérieur, un poêle joue le même rôle. Lors des pow-wow qui se déroulent à l’extérieur, un feu brûle toujours près de la tonnelle centrale, où les batteurs-chanteurs peuvent chauffer les gros tambours au besoin.

L’eau modifie les propriétés du tambour de différentes manières : « La voix du tambour varie en fonction du degré d’humidité de la peau, de son serrage, ainsi que de la quantité de l’eau et de sa température. Parfois, on dépose des pièces de charbon dans les instruments pour chauffer l’eau. » (Burton, 1993 : 27.) En général, on verse environ 3 cm d’eau dans le vaisseau, ce qui fait que le son dispose de moins d’air où vibrer dans le résonateur. En fonction du son souhaité dans une communauté, la quantité d’eau et sa température peuvent être modifiées. En général, le tambour à eau permet de produire un tempo puissant grâce à sa sonorité aiguë qui demeure bien audible, peu importe le nombre de hochets de cornes de vaches, comme dans d’autres danses sociales iroquoiennes.

Le son d’un tambour peut être modifié par divers accessoires. Lorsqu’un ou plusieurs collets sont tendus sur ou sous la membrane du tambour, le son « bourdonnant » qui en résulte fait ressortir les partiels du son de base et le rend plus « brillant ». Pour certains musiciens autochtones, ces aspects du résultat sonore sont nécessaires pour renforcer l’inspiration musicale du chant, voire, souvent, pour inspirer des rêves. L’idéal esthétique consiste à « masquer » le son de la voix afin qu’elle semble provenir d’un « autre monde ». Si des accessoires, comme de petits os ou des morceaux de bois, sont attachés au timbre, le son sera encore mieux adapté aux goûts du batteur.

Certains accessoires de tambours servent des fins esthétiques visuelles et tactiles sans lien avec le son. La pierre fixée à certains supports de tambours à main sioux procure au batteur un fort sentiment de communion avec la terre. Des plumes, des cordes de tendon ou d’autres accessoires relativement légers peuvent souffler au vent pendant que le batteur joue. Si de petits objets, comme des perles, des griffes, des colifichets en métal ou des os y sont attachés, ils vibrent contre le résonateur et donnent au son du tambour des qualités sonores particulières. L’individuation du son de chaque tambour renforce l’impression qu’il s’agit d’un être vivant doté de son propre nom et animé de son propre esprit.

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