Hochets

Les musiciens autochtones canadiens utilisent aussi d’autres instruments. Parmi ces instruments, les hochets occupent une grande place.

Dans les années 1830, George Catlin a expliqué qu’une langue appelait le plus commun des hochets des Plaines she-she-quois. Fait de cuir brut et contenant des cailloux, il produisait « un bruit strident pour marquer le temps » et il pouvait également être utilisé comme batteur sur un tambour (1844/1965 : 242.)

David G. Mandelbaum décrit ces hochets en peau de buffle ou de cerf en forme de bulbe :

« Pour confectionner un hochet, on découpait deux cercles de cuir vert avec une lèvre en saillie et on les cousait ensemble, l’un par-dessus l’autre. On bourrait le hochet de terre. Lorsque la peau avait séché à la forme désirée, on secouait le hochet pour en extraire la terre. On y insérait ensuite des cailloux et des graines de saule rouge. Enfin, on insérait un manche de 15 cm dans la bouche en saillie et on le fixait à l’aide de lanières en peau d’antilope d’Amérique. Les hochets… pouvaient être fabriqués et peints d’après les instructions reçues dans des visions. » (Mandelbaum, 1940/1979: 98.)

Parmi les autres hochets préférés des communautés des Plaines, on retrouve le scrotum de bison, ainsi qu’un « bâton enveloppé de peau de cerf auquel étaient attachées, en rangées, des pinces de cerfs coupées ». (Hassrick, 1964 : 146.) Robert Jefferson, enseignant dans le Nord-Ouest canadien dans les années 1880, a décrit un hochet utilisé lors de la cérémonie des Math-tah-hit-too-win. Il était fait de cuir brut fin gratté jusqu’à l’obtention de la texture et de la forme désirées pendant qu’il était encore souple, avant d’être laissé à sécher et à durcir. L’artisan insérait deux ou trois pièces de métal à l’intérieur du hochet et y attachait un manche de 15 à 20 cm.

« Quand tout est prêt, celui qui a fabriqué le hochet commence à chanter et, soudain, il fait retentir son hochet. À la fin de la mélodie, il passe le hochet au prochain homme dans la rangée, et cet homme chante sa chanson. Ainsi, le hochet fait le tour du cercle, sans toutefois passer dans les mains des femmes, jusqu’à ce qu’il revienne à son propriétaire. » (Jefferson, 1929 : 90.) Après cette cérémonie d’ouverture, on lançait la distribution de cadeaux, qui se poursuivait pendant quatre nuits.

David G. Mandelbaum explique que la plupart des Cris des Plaines exécutaient des mouvements de poignet de haut en bas pour jouer de leurs hochets, mais qu’il arrivait que les chamanes frappent les hochets contre leur corps. Pendant les orages, les Cris utilisaient un hochet spécial pour accompagner leurs chants. Cet instrument comportait des points brûlés, dans la moitié supérieure de la peau.

L’une des tenues cérémonielles des sociétés guerrières incluait un hochet en forme d’anneau. Aussi, le meneur de la danse masquée portait un bâton de 1,5 m enveloppé d’une peau à laquelle étaient attachés des sabots de cerfs. Il en frappait sur le sol pour produire un rythme pendant qu’il chantait (Mandelbaum, 1940/1979: 98.) Hungry Wolf explique que les artisans fabriquaient une variante de ce hochet, où ils assemblaient des orteils de bisons percés en les enfilant sur des banderoles en cuir. Lorsque quelqu’un lançait ce hochet à une personne, cette dernière devrait danser. (1977 : 95.)

Les communautés anishinaabes de l’Est et d’autres Premières Nations des régions du centre du Nord-Ouest du Canada utilisaient un hochet muni d’un disque plat. Il était constitué d’un bâton plat enroulé sur lui-même et recouvert de cuir brut. Dans les Plaines, les gens préféraient recouvrir le disque de péricarde de bison. Les Tłı̨chǫs (Dogribs) fabriquaient des hochets de cette forme, mais ils utilisaient un parchemin en peau de caribou et ils remplissaient leurs hochets de balles de fusils.

Dans les années 1890, Frank Russell a décrit un hochet d’enfant qu’il s’était procuré auprès des Dogribs, en disant qu’il comportait un manche plié en forme de “6” mesurant 20 cm de long, et que la tête du hochet faisait 76 mm de diamètre et 20 mm d’épaisseur. (Russell, 1898 : 180.)

De nombreux groupes ont également utilisé le bois sous une forme ou une autre pour confectionner des hochets et d’autres instruments à percussion. Parfois, ces instruments consistaient en un morceau d’écorce replié sur un manche après que l’artisan avait inséré des graines ou des cailloux, puis scellé le hochet avec de la poix.
On retrouve aussi des hochets en bois richement sculptés. Les artisans ojibwés sont si habiles qu’ils réussissent souvent à laisser entrevoir les boules de bois qui produisent du bruit à l’intérieur.

Sur la côte ouest, les artisans qui confectionnent des hochets rivalisent d’ingéniosité pour y graver des images. Habituellement, les hochets sont formés de deux moitiés que les artisans fixent ensemble. Chaque moitié présente un aspect d’un mythe ou d’une histoire généalogique propre à une personne ou à un groupe.

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